mardi 1 janvier 2013

La vérité sur... "La vérité sur l'Affaire Harry Quebert"


Il est jeune, avec son sourire de jeune premier, il a tout pour réussir. Quel bel objet marketing ! Qui n'a pas entendu du "dernier prodige" de la littérature, Joël Dicker ? 

Après Les Derniers Jours de nos Pères, on nous a promis monts et merveilles pour ce second roman, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert : "une petite bombe venue de Suisse" (L'Express, 30/11/2012), "un roman complexe, foisonnant, ambitieux" (Le Figaro-Livres, 15/11/2012)...  
On trouve toutefois Raphaëlle Leyris, du Monde, pour tempérer cette euphorie : "Un grand roman américain venu de Suisse", s'écrient ses admirateurs ? Disons un honnête polar, dont la présence sur les listes automnales est un mystère plus épais que celui qui nourrit son intrigue. (Le Monde, 07/11/2012)


Le double médaillé de cette fin d'année a tout du bon roman de vacances, celui qu'on aime avaler goulûment en sirotant un cocktail ou un chocolat chaud (au choix). Ce roman est habilement construit et l'on se laisse embarquer avec complaisance dans le thriller : Marcus Golman, jeune écrivain en panne d'inspiration, se transforme en détective, lorsque son maître es écriture, Harry Quebert, est accusé de meurtre.

Mais l'on déchante rapidement dès lors que l'on tombe sur les extraits du roman, soit-disant à succès, du maître Harry qui laissent un gout écoeurant de guimauve : "Des gens croient qu'ils s'aiment, alors ils se marient. Et puis, un jour, ils découvrent l'amour, sans même le vouloir, sans s'en rendre compte. Et ils se le prennent en pleine gueule." 
700 pages de cette écriture plate, émaillées par ces interludes niais : c'est long.

L'auteur surfe volontiers sur l'engouement actuel pour le monde des écrivains à succès ; et pour preuve la première phrase du prologue : "Tout le monde parlait du livre". Il aura réussi son coup d'inception, même auprès de l'Académie Française...

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lundi 5 novembre 2012

Prix Virilo 2012



A chacun son prix... et aux moustachus, le Virilo. Le jury du Virilo vient de décerner, en marge du Femina (Patrick Deville, Peste & Choléra), son prix au Maréchal absolu de Pierre Jourde.

L'auteur du blog Confitures de Culture, qui tape volontiers sur tout ce qui est mauvais et à la mode en littérature (l'autofiction par exemple, Le Clézio aussi), voit ainsi son énorme pavé (800 pages tout de même) récompensé. Rien à dire. Il en rêvait (voir ici), il l'a eu !


dimanche 28 octobre 2012

Grandeurs et Misères des stars du net

Grandeurs et misères des stars du net.  Ils sont riches et célèbres. Certes. Mais ils ont  parfois manqué cruellement de flair. Une bourde, la conjoncture qui flanche, les ''business douteux'', et c'est nos entrepreneurs qui s'en sont mordus les doigts.

Quel est le lien entre Nietzsche et Steve Jobs ? Steve Jobs, philosophe ? La réponse est bien dans le  livre de Marc Simoncini et Capucine Graby : l'échec. Le charismatique patron d'Apple a incarné la maxime de Nietzsche (''Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort''), dans un style américain, ce qui donne : ''Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été viré d'Apple. La potion fut horriblement amère mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête  Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c'est mon amour pour ce que je faisais qui m'a permis de continuer.'' Et de conclure ''Soyez insatiables, soyez fous.''


Fous. C'est ce qu'ont été Denys Chalumeau (Promovacances, Se Loger), Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée), Pierre Kosciusko-Moriset (Priceminister), Marc Simoncini (Meetic, Sensee), Fabrice Grinda (Aucland), Xavier Niel (Free) (et quelques femmes...). Le livre, fondé sur des entretiens avec ces entrepreneurs, est plaisant à lire, sans prétention stylistique inutile. On plonge dans le monde des start-ups de l'an 2000 (ce ''paradis perdu''...), on découvre des anecdotes amusantes du net français ; l'espace de quelques heures on vit au rythme des gros flops et des poussées d’adrénaline. 

Mais les auteurs ont-ils eu ''peur'' d’être taxés de sexisme ? Pourquoi donc essayer de justifier pendant plusieurs pages que les cinq stars du web présentés ici sont des hommes ? A en croire les auteurs, tous les éléments se sont ligués des années durant contre les femmes : leur  vision marketing, la génétique, la culture, le timing. Il y aurait de quoi s’inquiéter, mais, poussons un ''ouf'' de soulagement, la tendance semble s'inverser puisque ''les femmes deviennent à la mode'' ! Et les auteurs de lister ''à la Prévert'' les entrepreneuses d'aujourd'hui.
Et si Nietzsche et Steve Jobs avaient été... des femmes ?


dimanche 21 octobre 2012

Le (très) mauvais best seller du mois

N.1 des ventes de la semaine à la Fnac et sur Amazon, Fifty shades of Grey (sorti mercredi en Français sous le titre Cinquante nuances de Grey) pourrait bien devenir le best seller mondial de l’année. Quel constat accablant...

La "Mommy" américaine, cible marketing de ce roman, mérite-t-elle aussi peu de considération ? N'est-elle vraiment qu'une imbécile écervelée qui cherche une échapatoire à sa vie médiocre dans le "girly" et le "sex" ? Ce roman est consternant, non pas parce qu'il parle de sexe, mais parce qu'il est mauvais. 
L'intrigue tient en une phrase : Anastacia Steele, jeune et naïve étudiante, tombe éperdument amoureuse d'un brillant chef d'entreprise, Christian Grey, qui lui fait découvrir le sadomasochisme. Les personnages, de soit-disant stéréotypes (mais que représente donc Anastasia, cette étudiante dont la vie est bercée par les citations de Thomas Hardy ?), sont totalement dépourvus de crédibilité. Anastasia est une parfaite cruche et ses minauderies ("How can he make seven little words so much tantalizing promise?") ont vite fait de vous exaspérer. La vacuité des descriptions et les longueurs de style, quant à eux, vous feront, au mieux, éclater de rire ("Still kneeling, he grasps my foot and undoes my Converse...").

Tout le monde en parle... alors, pour critiquer, autant avoir tenté de lire le roman. Le premier quart m'a suffi, j'ai lu les huit premiers chapitres avec une indifférence rare et un ennui profond. Si vous aimez le roman érotique, tournez-vous vers SadeAttirés par plus de modernité ? Essayez donc Patrick Grainville.
Déjà 80.000 exemplaires vendus... Pour se consoler, on note que la sortie du roman a été décriée par la critique française (ici ou ici). Pourtant, on sent déjà arriver l'adaptation cinématographique...